C’est un temps perdu, autant volé qu’oublié. Un temps révolu, si tant est qu’il ait existé.
Un souvenir, un mirage d’un autre âge, un passé que l’ont pense avoir eu.
La mémoire s’emballe, transforme, transgresse. Elle va nue pied sur les chemins de notre inconscient, chevauche notre histoire et, dans ses dédalles, hésitante, perd la voie de nos rêves d’enfants.
Entre ce que l’ont voudrait être et ce que nous sommes, nous arrangeons notre passé pour peindre un peu plus l’icône que l’on se fait.
Te souviens tu de ce que tu étais ou est ce juste le dernier souvenir que tu as en eu ? Souvenirs de souvenirs d’un réel par ton être abattu, mirage de faits, puzzle mémoriel ou les pièces s’emmêlent dans des images par le temps déformés.
Issu d’une réalité dont il ne me reste rien. Quelques relents ont traversé les âgés mais leur odeur qui parvient s’est perdu entre temps, s’est prise en otage dans le piège de son dessein. Se voulant la base de notre personne, la mémoire ne peut s’offrir à nous nu, car ce que l’ont fut, fait ce que nous somme. Elle prend alors la lourde tache de remanier, de modifier, pour donner un sens à notre propre vérité.
Elle peut parfois être lourde, brulant notre âme de tourments séculaires. Gangrène de notre vie qui ronge nos joies, elle est toujours présente, là ou on ne l’attend pas, prête à ressortir pour un coup éphémère ou lancinantes dans l’écho de sa voix.
Sans que l’ont s’en aperçoive dans la chambre noire de l’inconscient elle monte son film, le projète dans notre tète, animant les traumatismes d’antan d’une singulière manière. Ce qui t’apparait alors, aussi fort soit il, n’a de vérité que pour toi, n’a pas de réalité en soit.
Je suis un être sans mémoire. Enfin, c’est ce que je pensais jusque là. Mais mon être existe, pense et agit et donc ne peut, traversant se vie, s’inscrire dans le monde à l’aube seule de ce qu’il voit.
Je sais maintenant que c’est le cinéaste de ma pensée qui, pour je ne sais quelle raison obscure a choisit d’oublier les images de mon passé. Vidant de souvenirs ma mémoire consciente, il n’en tire pas moins l’essence de ma personne, moteur de ma raison vivante.





